1 janvier, 2008

RETOUR SUR LE KOSOVO

Classé dans : Monde — elis @ 19:35

  

1er janvier 2008

En mai 2005, Zadig m ’écrivit: « Je viens de voyager dans les Karpathes et  la Tansylvanie. J’aimerais comprendre ce qui s’est passé au Kosovo ».  Il  notait :

D’un côté les méchants , les Serbes, responsables dit on du génocide des kosovars. De l’autre , les gentils Kosovars et la gentille communauté internationale,apparemment unie, dépossédant la Serbie de sa souveraineté légale sur le Kosovo et allant même jusqu’à bombarder violemment les Serbes pendant 30 jours pour clairement se faire comprendre. Depuis, statu quo: Milosevics emprisonné et jugé. Les criminels de guerre Serbes traqués. Et le peuple Serbe violemment critiqué par la communauté internationale  pour ses mauvais choix électoraux récents. Les méchants sont toujours les méchants.

Ce qui est troublant, c’est que depuis l’arrêt des hostilités il y a 5 ans, 250.000 serbes ont du fuir le Kosovo et que « confrontée à la violence des extrémistes albanais, la population serbe, dans quelques enclaves, survit à l’état résiduel, privée depuis 5 ans de presque tous ses droits ». 20000 soldats internationaux, ce qui n’est pas rien, s’efforcent de les protéger, tant bien que mal. Côté Kosovar, mafias, bandes armées et vrais criminels de guerre font régner leur ordre sans que celà n’émeuve apparemment personne.

Etrange tout de même. A croire que l’ONU et la communauté internationale toute entière, se serait fourvoyée dans ses choix ou encore que la belle histoire d’Epinal qu’on nous raconte n’est peut être pas tout à fait la bonne. A quel jeu ont donc jouer l’ONU, l’OTAN, la France et l’Amérique démocrate?

***

1er janvier 2008

En ce jour de nouvelle année 2008, je rencontrais de nouveau Zadig, qui n’avait pas revu depuis son dernier passage les régions d’Europe centrale, mais qui s’interrogeait toujours sur le sujet. Qu’on en juge puisqu’il me dit brusquement un soir après dîner :

«Aujourd’hui, 30 mois sont passés et le suspense continue sur l’histoire réelle du Kosovo et ce à quoi jouent les différents protagonistes du monde occidental.

Entre temps, jugé à La haye, Milosevic s’est fort opportunément donné la mort « par accident » alors que sa « culpabilité » dans le génocide se révélait de plus en plus difficile à démontrer au tribunal de La Haye (TPY, tribunal d’exception, créé uniquement pour l’ex Yougoslavie à l’image de celui de Nuremberg pour les nazis en 1945) Il se serait trompé dans ses pilules anti crise cardiaque ! Pourquoi pas mais tout de même assez troublant.

Quoiqu’il en soit aujourd’hui l’Europe semble vouloir en finir, réclame à corps et à cri l’indépendance du Kosovo (que la Russie de Poutine bloque encore à l’ONU, solidarité avec les anciens alliés du bloc de l’Est oblige) et veut seule assurer, au lieu et place de l’OTAN, la sécurité du territoire et la protection des 10% de serbes qui  demeurent encore dans quelques enclaves.

En fait, il parait assez clair que, pas plus que l’OTAN dans les années précédentes, l’Europe ne saura empêcher l’exode définitif des derniers serbes de la province. L’Europe démocratique aura enfin ce qu’elle semble rechercher, un premier état intégralement musulman (et, dit on mafieux) de 2 millions d’habitants au cœur de l’Europe. Se posera alors la question de l’Albanie, du Montenegro, de la Macédoine, et même de la Bosnie et des risques de contagion de nouvelles revendications ethniques dans toute cette partie du vieux continent.

« Je reconnais toutefois , me dit il,que les Kosovars sont déjà seuls maîtres de leur destin et que les serbes, et pour cause, ne dirigent plus rien dans leur ancienne province depuis que l’OTAN et l’Europe les en ont chassé à coup de bombes. Du coup,on peut se demander si les solutions de bon sens ne consisteraient pas :

 

  • A étudier sérieusement la partition du Kosovo:
    • Un petit bout au Nord, de souveraineté de facto Serbe, ou l’on regrouperait, avec de fortes incitations financières, les Serbes volontaires des autres enclaves du Kosovo.
    • Le reste du Kosovo sous souveraineté de facto Kosovar, comme c’est déjà le cas. Rien à changer ici en principe. Sauf qu’il y a fort à parier que les Kosovars ne voudront pas entendre parler de céder une enclave de 10% de leur territoire au Nord

 

  •  Promesses de rattachement à la Serbie pour la zone nord, et, d’indépendance et de souveraineté de jure pleine et entière pour la zone sud, dans des délais de 5 à 10 ans, sous réserve qu’un certain nombre de conditions soient remplies en particulier par les Kosovars.

 

  • retrait des troupes de l’OTAN de ces deux régions mais maintien sur place de très nombreux observateurs internationaux.

 

  •  Enfin, condition essentielle, les anciens belligérants sont requis d’assurer eux-mêmes la sécurité et le respect des droits de tous les étrangers résidents sur leurs zones respectives de souveraineté: serbes encore restés au Kosovo ou musulmans de l’enclave nord…. s’il en reste.

 

Ce serait donc une partition de fait, non de jure, mais une partition conditionnelle, étroitement surveillée dans les deux zones par les instances internationales et avec une obligation de résultats démocratiques indiscutables et sérieux avant que n’intervienne dans quelques années la reconnaissance définitive pour le Kosovo sud et le rattachement à la Serbie pour la parcelle du nord.

Sans doute s’agit il là d’un schéma trop simple et peu orthodoxe au niveau du droit international, ou du moins de ce que l’on s’attache à présenter comme tel. Mais il aurait l’immense mérite :

 

  •  de reconnaître implicitement que les intéressés sont toujours prêts à s’entre égorger et de prendre les dispositions adéquates pour que cela ne se reproduise plus.

 

  •  de retirer 20000 hommes de troupe du Kosovo et de faire d’évidentes économies et de moyens pour l’OTAN et l’Europe en particulier.

 

  • d’éviter, pour le moment, de nouvelles revendications ethniques dans la région puisque rien ne serait acquis ni pour les uns ni pour les autres, tout restant à prouver, en particulier par les Kosovars dont on ne sait trop ce qu’ils réservent à l’Europe, fussent ils musulmans et donc fortement recommandables aujourd’hui selon le prêt à penser des gouvernements européens.

 

Au fond finit il par me dire, en soupirant de lassitude, je crois que les sociétés multiethniques sont le seul modèle qui vaille aujourd’hui et qu’on est  prêt à l’imposer par la force même quand les peuples n’en veulent pas. Allons savoir pourquoi. »

 

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