21 mai, 2007

stratifications sociales en France , temps anciens ,temps nouveaux

Classé dans : france d'avant — elis @ 11:54

Zadig s’était endormi. Il se réveilla en songeant à la conversation qu’il avait eu avec un grand sociologue de Lutèce à la fin des années 90 et à l’approche du 3° millénaire. Ce sociologue prétendait, qu’en cette époque, les modes de vie s’étaient terriblement uniformisés, que chacun, pauvre ou milliardaire, portait le même jean et les mêmes baskets et que les temps de loisirs , consacrés au jogging ou à la bicyclette, ne les départageaient guère plus.

 

Peut être, lui répondit Zadig, mais je ne me fierais pas trop à ces apparences. Tenez, restons en France et regardons d’un peu plus près ce que j’y discerne.

Souffrez, à l’occasion, que je ne m’embarrasse pas de nuances et que je vous assène à grands traits un peu caricaturaux la façon dont je perçois quelques vérités cachées de ce grand et beau pays.

Et Zadig s’exprima ainsi :

 

 

Reconnaissons d’abord que cette nation qui fut la première du monde au 17° siècle a peu de choses à voir avec celle qu’elle est devenue  aujourd’hui. En matière de puissance économique et militaire, bien sûr, mais encore plus en terme de culture. Plus aucune culture sinon, à l’heure ou je vous parle – nous sommes en 1990 – très majoritairement celle de la gauche du 19° siècle, qui n’est plus qu’un cadavre vide de sens et un ramassis de pensées toutes faites totalement déconnectées de la réalité.

Mais allons plus loin et parlons classes sociales puisque tel est le sujet sur lequel vous m’entreprenez.

Une population en trois strates bien distinctes :

  • l’énorme classe des retraités, prospère, surmédicalisée, entretenue, et dont on parle fort peu. Elle n’a aucun rôle dans la conduite du pays ni d’ailleurs aucune volonté collective. Elle jouit de son bien être.
  • Deuxième strate, la classe des immigrés,toujours plus nombreuse, incontrolée et incontrôlable, quasi totalement assistée et bénéficiant du soutien inconditionnel des politiques et des médias. Rassemblée dans des ghettos banlieusards, cités de béton sans âme, si ce n’est celle des lointaines TV des pays arabes relayées par les antennes satellites. Ici est un monde en devenir. Les jeunes n’ont pas de travail, forment des bandes, sont des proies toutes trouvées pour la délinquance et les trafics en tous genres. Les familles sont nombreuses. Les allocations sociales sont les premières sources de revenus. C’est le Maghreb et l’Afrique qui se transplantent peu à peu en France. Tout comme les retraités, cette strate n’a aucun pouvoir ni aucune responsabilité. Grosso modo, elle doit représenter actuellement un bon quart de la population française mais elle grossit rapidement et représentera nettement plus dans 30 ans.

 

  • Troisieme strate, et en gros troisième tiers, les actifs, ceux qui travaillent et ont leurs enfants scolarisés.

On retrouve encore dans cette population active ce qui, de tous temps, a été une des caractèristique de la France, à savoir de très fortes différenciations sociales.

Il y a d’abord les fonctionnaires et assimilés, collectivités locales, entreprises publiques, etc.., environ un bon tiers de la population active: emplois à vie garantis par un concours d’entrée, complicités communales et corporatistes pour maintenir des privilèges de connivence et de relations à tous les niveaux. Pas de place pour les immigrés dans ce système public: le barrage du diplôme  et du concours d’entrée ôte toutes chances à ceux que le système d’éducation français n’est plus en mesure de former depuis bien longtemps.

Il y a ensuite les salariés des grandes et moyennes entreprises.Ceux là, un bon quart des actifs, sont bien intégrés dans la modernité. Ils n’ont pas de problèmes particuliers.

Restent les derniers les agriculteurs, les PME, les travailleurs indépendants, les salariés du secteur privé ordinaire et des petites entreprises ; 40 % des actifs environ. Ici les revenus sont plus faibles et plus aléatoires. le poids des charges sociales et fiscales est exhorbitant, à l’exception de l’agriculture – l’un des plus sinon le plus élevé du monde, car il faut bien payer l’énorme secteur public-là encore l’un des plus élevé du monde – dans lequel aucun progrès de productivité et donc de vraie création de richesse – n’est jamais réalisé.

Enfin, voici l’élite républicaine des grandes écoles ,principalement polytechnique et l’ENA, poids négligeable et recrutement en principe très démocratique, sauf qu’en pratique, ce sont à peu près toujours les mêmes familles de la grande bourgeoisie qui permettent à leurs plus brillants rejetons d’intégrer ces hautes écoles. Cette élite est extrêmement minoritaire mais, bien plus que sous l’ancien régime, elle concentre en ses mains les deux principaux pouvoirs : le politique (ces corps d’élite verrouillent les appareils de tous les grands partis et sont pratiquement seuls à exercer dans les cabinets ministériels) et l’économique (ils sont à la tête de la plupart des grandes entreprises publiques mais aussi  souvent privées). Et comme toutes les « mafias » , ils se tiennent sérieusement les coudes pour l’attribution des postes dont leur caste est la détentrice inamovible et  immuable.

En face d’eux , deux autres pouvoirs, tout aussi minoritaires (également négligeables en masse) mais fortement pugnaces, leur dispute le leadership: les juges et les médias.

 Les premiers réussissent le tour de force de rendre une justice exsécrable (cinq ans et souvent plus pour la moindre décision de justice) et d’exploiter sans vergogne leur rattachement au pouvoir ,tantôt pour le suivre servilement quand leur parti gouverne, tantôt pour déclancher des scandales qui n’en sont pas, quand ils s’attaquent à leurs opposants politiques. Le tout en bafouant tous les jours allègrement le secret de l’instruction et en se drapant dans les grands principes. Ratés des grandes écoles qui ont leur revanche à prendre, il s’appliquent à rappeler aux politiques qu’ils doivent aussi compter avec eux et que les médias tout puissants ne sont pas les seul s à régner sur les politiques ?   Car ici arrive enfin le dernier parti ( mais non le moindre) de notre « comedia del arte » nationale: les médias, et avec eux la plus magistrale des  hypocrisies constitutionnelles. En théorie et en droit constitutionnel, le pouvoir médiatique n’existe pas. Ce qui est bien commode, car qui n’a pas de pouvoirs n’a pas non plus de responsabilité, et donc pas de contre pouvoirs en face de lui ni d’actes dont il devrait rendre compte. Et lorsque , comme en France, ce pouvoir est à sens unique* et concentré sur quelques rares titres -Le monde,Libération, Le Canard Enchainé, Le figaro à Paris et la PQR en province – qui font l’opinion et sont complaisamment relayés par les radios et les télés, non seulement l’uniformité de la pensée est totale mais aussi les hommes politiques sont rapidement mis au pas s’ils leur prend, par inadvertance, l’envie singulière de ne pas vouloir penser comme les journalistes ou de ne pas sembler vouloir penser comme tout le monde. Les moyens sont multiples: un passé soudainement ressuscité, des insinuations ou des attaques renouvelées. Des révélations sur les « affaires » etc. De toutes façons les grands médias règnent en maître sur ce qu’il faut dire et penser et s’imposent ainsi aussi bien aux politiques qu’aux citoyens ordinaires. L’embêtant, c’est que la plupart de leurs idées sont fausses et que leurs analyses sont totalement partiales, ce qui n’est pas  spécialement positif pour l’évolution du pays et pour son avenir. A la décharge des médias, on doit reconnaître au demeurant que, tout comme les hommes politiques , ils ne font que reprendre les idées des français. parfait cercle vicieux. Qui règne sur qui? Au fond, nul ne le sait tant le système de pensée français est « ghettoïsé ». Les hommes politiques et les médias savent pertinemment ce qu’il faut ou ne pas dire. Sortir du cadre , c’est prendre le risque de perdre leur pouvoir ou leur audience. Ils ne le feront pas. On peut les comprendre. Mais dans dans un tel système, malheureusement, l’objectivité, l’intelligence, le courage n’ont plus de place. On peut donc résumer en considérant que la plupart des informations publiées ou commentées en France n’ont strictement aucun intérêt et que, sur la plupart des évènements , il vaut mieux aller ailleurs que dans ou à l’écoute de nos médias nationaux pour comprendre ce qui se passe.

L’interlocuteur de Zadig trouva que cette allocution était bien exagérée et Zadig en convint. Néanmoins il repartit troublé. Et s’il y avait une part de vérité dans ce bien troublant tableau?

 

* les développements qui suivent ont été rédigé avant la montée en puissance d’internet. Aujourd’hui -2007-les choses vont et sont en train de changer, même en France.

 

 

15 mai, 2007

La France, l’Irak, les démocraties et le moyen orient

Classé dans : Monde — elis @ 15:42

  Février 2007

En France, la cause est entendue. L’invasion de l’Irak par l’Amérique de Bush a été une guerre impériale de plus , conduite par des américains avides de ressources pétrolières et se solde aujourd’hui par un immense fiasco et un bourbier dont les américains ne pourront se retirer que vaincus en laissant derrière eux un champ de ruine, non seulement en Irak mais partout dans le Moyen Orient. Leur intervention, gigantesque erreur, n’a fait qu’enflammer un Moyen Orient, qui sans cela, se porterait sans doute comme un charme ( c’est du moins ce qu’on peut en conclure). Plus une voix en France pour dévier de cette analyse, ne serait ce que d’un millimètre.

 Alors pour mon seul plaisir intellectuel et rappeler que Zadig, dans sa « naïveté », fut aussi un ardent défenseur de la pensée de « résistance » et qu’il ne voulait penser que par lui-même, tentons ici de résister à la pensée de masse. Les responsables, « en charge », ne peuvent s’en extraire,du fait même de leurs responsabilités ou de la résonance de leurs propos et de leurs écrits et c’est un phénomène dans lequel je vois de plus en plus l’une des causes essentielles des grands drames de l’humanité, type mouvement des lumières qui conduit inéluctablement à la Terreur en 1793 ou montée vers la guerre en 1914 au nom d’un nationalisme revanchard que  personne ne peut plus contester.

Je vais donc tenter de résumer ci-dessous comment Zadig 007  voit la situation de l’Irak et du moyen Orient et comment il pense que devrait se dessiner l’avenir.

 

  • 1. Le Moyen orient, dans les 10 années qui viennent et même sans doute plus, sera encore et toujours le fournisseur essentiel de l’énergie mondiale, et donc le moteur exclusif de la croissance mondiale. La propension de cette région du monde a résisté à toute tentative de subversion par la Chine, l’URSS ou un islamisme fanatique et violent à la mode Khomeini ou des gardiens de la révolution iraniens, est donc le seul élément majeur à considérer. Sous cet angle d’analyse les risques se sont ils accrus avec la chûte de Sadham?
  • 2. Je réponds catégoriquement non! 130000 soldats US sont en Irak, 50000 au moins dans les émirats. La 6 ème flotte US contrôle non seulement le détroit d’Ormuz mais tous les mouvements de l’océan indien depuis la Corne de l’Afrique jusqu’aux abords de Formose en passant par le détroit de Malacca, ce qui assure aux énormes flottes du commerce mondial une sécurité indispensable. Un redéploiement des forces US dans le monde a été effectué, à la suite de l’intervention irakienne, qui assure désormais à toute cette région un bouclier incomparable, dont l’Europe, en particulier,précédent bénéficiaire de la protection US, n’avait plus réellement besoin.
  • 3. Du coup la sécurité des alliés de l’Amérique au Moyen orient est bien mieux assurée. Et ces alliés sont plus nombreux aujourd’hui et sans doute plus sûrs qu’ils ne l’étaient hier car confortés maintenant par une présence immédiate des forces américaines, ce qui exclut tout risque de renversement par surprise à la mode iranienne comme cela s’est produit en Iran au moment du départ du Sha. Il y a certes l’Irak qui pose encore un grave problème. Mais ce n’est pas l’explosion quotidienne de voitures piégées et le meurtre de pauvres civils qui menacent réellement le pouvoir de Bagdad tant que les américains demeurent présents. Et ailleurs, les alliés «sûrs» de l’Amérique et donc de l’Europe, sont de plus en plus nombreux et bien en place. Il y a d’abord Israël dont la présence s’impose de plus en plus comme définitive aux yeux des dirigeants arabes «modérés». Il y a ensuite les émirats (qui ne craignent plus Sadham), la Turquie,l’Egypte, la RAU, la Jordanie et la moitié des dirigeants libanais en dépit de la présence toujours menaçante de la Syrie et du Hezbollah. Il y a enfin l’Afghanistan, bien sûr avec ses zones de bandes et d’islamistes fanatiques aux bordures montagneuses du Pakistan, mais, pour autant, c’est aussi un pays qui progressivement avance vers une vie moins moyen-âgeuse qu’au cours des 50 années écoulées? Au bout du compte, cela fait beaucoup de forces de progrès dans tout le Moyen Orient. Et ce n’est pas la Syrie, acculée, enfermée, qui constitue aujourd’hui une vraie menace pour la région. Elle peut encore infiltré des djihadistes en Irak ou au Liban et leur servir de base arrière mais son rôle s’arrête là.
  • 4. Aujourd’hui même (10 fevrier 2007), un progrès hier encore impensable, a vu les frères ennemis palestiniens du Fatah et du Hamas conclure un rapprochement à l’ initiative de la RAU… en attendant sans doute que celle-ci propose à nouveau ses bons offices dans le difficile dossier Irakien.
  • 5. Le vrai problème qui subsiste dans la région c’est que le jour ou Sadham est tombé, comme partout dans le monde lorsque une dictature impitoyable s’effondre, (pensons à l’ex Yougoslavie), les conflits ethniques, longtemps étouffés par la terreur, se réveillent. En Irak, Kurdes mais surtout Chiites, ont cru leur heure venue, de prendre enfin le dessus sur leurs ennemis héréditaires. La démocratisation voulue par les américains , n’a fait que confirmer les découpages ethniques et la victoire apparente des Chiites démographiquement majoritaires. Poussés par les nations arabes sunnites, en premier lieu la RAU, les américains tentent de redonner leurs chances aux Sunnites : réintégration dans les forces de sécurité du nouvel Irak, partage des ressources pétrolières en fonction de la population de chaque zone , bonne représentation dans le gouvernement Maliki en place maintenant pour 4 ans. Y aurait il solution plus pragmatique ou plus intelligente que celle tentée actuellement? Je ne le pense pas. Les suggestions des démocrates américains ou du quai d’Orsay, de dialoguer avec l’Iran ou la Syrie pour résoudre les problèmes de l’Irak sont assurément de la plus haute fantaisie. Comment demander aux incendiaires de venir éteindre l’incendie alors que ceux-ci ont tout intérêt à ce que la région s’embrase afin qu’ils puissent jouer un rôle déterminant dans le contrôle des ressources pétrolières de toute la région-avec dissémination nucléaire à l’appui-et alors qu’ils sont plutôt actuellement isolés et sur la défensive depuis la chûte de Sadham et des Talibans en Afghanistanet que ce n’est vraiment pas le moment de les présenter comme des «grandes puissances» et comme des interlocuteurs incontournables dans la Région?
  • 6. Le vrai problème de l’Irak n’est d’ailleurs pas, selon moi, ou l’on croit. Il est d’abord aux Etats-Unis. Sans la pression des démocrates pour déboulonner les républicains et sans la caisse de résonance médiatique et les vrais succès psychologiques – en terme d’influence sur les opinions américaines et mondiales pour les rebelles (mais je préfère dire les tueurs) -que représente chaque tué US ou chaque voiture piégée qui explose en Irak, dont on nous rend compte quotidiennement avec une scrupuleuse exactitude (on se demande d’ailleurs pourquoi, pour qui et par quels canaux, car cela ne peut pas être innocent), il y a sans doute «belle lurette» que le problème serait résolu. Gageons que lorsque les forces Irakiennes pourront «muscler» leurs interventions et que les médias occidentaux ou irakiens ne seront plus là pour en rendre compte la «rébellion» sera rapidement vaincue.

 

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